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Plus de 800 jihadistes revenus des zones de conflits, confie un expert militaire

« Si les prisons manquent on les mettra dans des camps au Sud mais c’est leur réintégration qui reste difficile » M. Ben Nasr

Plus de 5500 jihadistes se trouvent dans les zones de conflits, 800 sont revenus d’autres sont morts et d’autres, disparus. Comment s’annonce le retour des extrémistes tunisiens chez eux ?

Cela fait quelques jours, une déclaration du président de la République Béji Caid Essebsi à un média étranger a provoqué un raz-de-marée médiatique et pour cause, ce dernier s’est montré assez indulgent, selon certains,  envers le retour des jihadistes tunisiens des zones de conflit ( Syrie, Libye, Irak) sous prétexte que la constitution dispose que tout Tunisien a le droit de rentrer dans son pays et que « nous n’allons finalement pas les mettre tous en prison, nous n’avons même pas de place » dixit le président depuis Paris où il présentait vendredi 2 décembre, son nouveau livre « Tunisie : la démocratie en terre d’islam« , un long entretien avec la journaliste Arlette Chabot, paru cette semaine aux éditions Plon.

Tout en affirmant que le «terrorisme est aujourd’hui du passé et bien derrière nous» et que la Tunisie ne va pas, bien évidemment, les accueillir à bras ouverts, le président a précisé que toutes les dispositions nécessaires sont prises pour que les djihadistes de retour de Syrie, d’Irak ou d’ailleurs soient surveillés de près et neutralisés. Et BCE d’expliquer que la Tunisie, tout en restant très vigilante, n’a pas assez de prisons pour enfermer tous les djihadistes revenant des zones de conflits.

La justice avant tout

« Nous comptons plus de 800 jihadistes tunisiens revenus des zones de conflit depuis une année certains se trouvent en prison, d’autres, sont sous contrôle» nous a confié l’expert militaire et président du Centre tunisien des études de la sécurité globale, Mokhtar Ben Nasr.

Et d’ajouter « Le retour des jihadistes est inéluctable, il ne s’agît pas là d’un choix mis d’une réalité. Ils commencent à affluer vers la Tunisie de la même façon dont ils se sont rendus aux zones de conflit soit à travers des cellules terroristes.

« Mais ce retour doit obligatoirement être précédé par un passage en justice, c’est la loi qui tranchera quant à leur devenir soit si nous pouvons les accepter ou pas » renchérit-il.

L’expert nous explique que les autorités doivent développer davantage la coopération entre la Tunisie, la Libye et la Syrie sur le plan sécuritaire et des services des renseignements pour « limiter les dégâts » il insiste sur le fait que ces jihadistes représentent un réel un danger pour le pays et qu’il faut traiter la question avec le maximum de rigueur et de professionnalisme possibles.

Un centre d’intégration et de réhabilitation

« En 2015, nous avons proposé la création d’un centre d’intégration et de réhabilitation des jihadistes, qui accueillerait trois catégories à savoir : ceux qui ne se sont pas impliqués dans des affaires criminelles, ceux qui sortent de prison et ceux qui sont interdits de voyage soit 13000 tunisiens, radicalistes »  lance-t-il.

« Vous savez, les auteurs de la fusillade de Aïn Tbornog en 2007, libérés suite à l’amnistie générale, ont récidivé avec les attentats de Rouhia en 2011. Cela prouve encore une fois, qu’il y a un réel danger de récidivisme avec le retour de ces jihadistes »

Selon lui, pour limiter les récidives et l’influence que pourraient avoir ces derniers sur la société tunisienne après leur retour, ce centre d’intégration et de réhabilitation devient une priorité. Il proposerait notamment un suivi psychologique et sociologiques aux revenants pour éviter de tels risques.

« Nous n’avons pas assez de prisons mais nous pouvons les mettre dans camps au Sud »

Revenant sur la question du manque de prisons en Tunisie, annoncée par le président de la République, l’expert est ferme. Selon lui, l’Etat peut d’office installer des camps au sud pour regrouper les jihadistes après les avoir jugés.

« Mais pour les juger, la loi anti-terrorsite ne suffit pas, il faut que la justice mette en place une législation adaptée à la situation et cela serait réalisable seulement si la coopération entre le ministère de la Justice, le ministère de la Défense et la société civile est boostée » précise-t-il.

Toutefois,  pour l’expert, l’intégration des jihadistes reste le plus grand problème, car il s’agît de traiter la radicalisation d’une partie de la société tunisienne. « Ces jihadistes ont connu la rupture identitaire et sociale et il est très difficile de rétablir ce problème d’identité » souligne-t-il. Selon lui, des traitements psychologiques s’imposent.

« Si les prisons manquent on les mettra dans les camps au Sud mais la réintégration reste difficile» lance-t-il.

Quant à la possibilité de procéder à une déchéance de la nationalité tunisienne pour les revenants des zones de conflits. L’expert estime que celle-ci est interdite par la loi et anticonstitutionnelle mais dans une situation exceptionnelle, l’ARP peut adopter un projet de loi en ce sens.

L’Algérie a voté la loi sur la concorde  civile des terroristes par référendum, pourquoi pas en Tunisie ?

« La situation était différente en Algérie car le pays comptait des milliers de terroristes avec une base de l’AQMI avec la mort de 350000 civils. Il était impossible de procéder à la réconciliation nationale sans consulter l’avis du peuple » indique-t-il.

Selon lui, malgré quelques différences, l’expérience algérienne reste une référence pour la Tunisie en matière de stratégie sécuritaires et de savoir-faire anti-terroriste. « Nous devons nous en inspirer et apprendre le maximum sur la décennie noire algérienne pour ne pas refaire les mêmes erreurs » estime-t-il.

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Filed by managerwoman at décembre 10th, 2016 under Société

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